Une décision qui ramène les ingénieurs dix ans en arrière
Dans la revue Plan du mois d’octobre 2009, Maud Cohen, ing., présidente de l’Ordre, annonçait la fin de l’entente qui lie l’OIQ et le RéseauIQ pour le 31 mars prochain. Cette décision était motivée par une initiative de l’Ordre de déclencher un appel de propositions de services bancaires et d’assurances auto et habitation.
Le RéseauIQ a tout de même été invité à soumettre ses propositions au courant du mois d’août 2009. Mais dans une lettre datée du 3 février 2010, l’Ordre informait le RéseauIQ que son offre ne serait pas retenue, bien que La Personnelle offre d’excellents services aux ingénieurs depuis maintenant 23 ans.
Le partenariat du RéseauIQ avec La Personnelle n’est aucunement remis en question, mais les ingénieurs verront probablement arriver sous peu l’entrée de nouveaux joueurs qui accompagneront le retour de l’OIQ dans les services commerciaux.
Il serait tentant de penser que l’environnement concurrentiel qui prévaudra à compter du 31 mars se traduira par des tarifs compétitifs pour les ingénieurs. C’est en général ce qui se produit effectivement. Il y a néanmoins lieu de se questionner, tout comme l’Office des professions a déjà pu le faire, si ce genre de course aux revenus ne risque pas d’éloigner un ordre professionnel de sa mission première.
En tant qu’ingénieurs, on devrait se féliciter d’avoir eu la sagesse au début des années 2000, de se doter de deux organisations aux missions distinctes et complémentaires. Une initiative saluée par plusieurs générations d’élus à la présidence de l’OIQ autant que du côté du RéseauIQ.
Mais maintenant quelle image cette situation enverra-t-elle aux membres et au grand public? Et puis, comment réagiront les partenaires et les futurs prospects en voyant deux organisations telles que l’OIQ et le RéseauIQ se disputer les services commerciaux ?
La confusion des genres est toujours nuisible. Un ordre n’est pas une corporation, ni réciproquement, et c’est très bien ainsi. Surtout en ces temps où la profession1 est déjà suffisamment tourmentée et que la confiance du public envers les ordres professionnels s’effrite.
En fait, si chacun conserve le focus sur sa mission première, c’est toute la profession et les ingénieurs qui y gagnent.
1 Afin de superviser le système professionnel et de veiller à ce que chacun des ordres accomplisse adéquatement son mandat de protection du public, l’État a institué un organisme gouvernemental autonome, l'Office des professions du Québec, qui dispose d'un pouvoir d'intervention auprès des ordres et de recommandation auprès du gouvernement.
Un peu d’histoire : de la décision de l’Ordre à l’évolution en RéseauIQ
Dans le Rapport annuel 2000-2001 de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), le président Roger Nicolet, ing. justifiait la création d’une corporation de service ainsi : « Le recentrage des fonctions et des activités de l’Ordre sur son mandat premier vise une plus grande efficience. C’est précisément l’un des principes qui a guidé le Bureau dans sa décision de créer une corporation de services autonome, comme nous l’avions fait pour FÉRIQUE l’an dernier. La Corporation de services des ingénieurs du Québec pourra notamment maintenir les services existants et en développer de nouveaux, ce qui était impossible pour l’Ordre dans le cadre de son mandat de protection du public. »
Désirant se recentrer sur son mandat premier de protection du public, l’Ordre léguait à la Corporation l’offre de services en échange de redevances pour l’OIQ. Indépendants financièrement, légalement et politiquement, c’est dans cet esprit d’entraide, d’équilibre et de respect des engagements que les deux organismes ont ensuite coexisté sous l’égide des Roger Nicolet, Gaëtan Lefebvre et Gaétan Samson à la présidence de l’OIQ et des Zaki Ghavitian puis Giuseppe Indelicato du côté du SERVIQ.
Dès 2004, l’idée d’un élargissement de la mission de SERVIQ mûrit autour de la volonté de donner une voix aux ingénieurs et déboucha sur la création du RéseauIQ que nous connaissons aujourd’hui. À compter de 2006, le RéseauIQ émergeait avec la mission de « servir les intérêts communs à tous les ingénieurs » afin de pouvoir faire en sorte de doter les ingénieurs d’une voix rassembleuse leur permettant de participer et de contribuer positivement aux débats qui animent la société québécoise.
C’est dans cette veine que le président Zaki Ghavitian, ing. soulignait dans le Rapport annuel 2006-2007 de l’OIQ l’importance de renouveler l’entente de partenariat avec le RéseauIQ, rappelant que « l’Ordre et la Corporation ont des mandats très différents : l’Ordre protège le public et privilégie l’intérêt public ; la Corporation défend ses membres et les intérêts de ses membres. Il ne faut pas perdre cela de vue, même si une bonne entente est de mise pour assurer une complémentarité de notre action. »
C’est dans cet esprit de saine collaboration que l’OIQ et le RéseauIQ renouvelaient ainsi leur entente triennale et s’engageaient dans une relation d’affaires jusqu’au 31 mars 2010. Le RéseauIQ a continué d’assurer à l’Ordre « un revenu compensatoire raisonnable » et de concrétiser les ambitieux projets contenus dans sa stratégie triennale, pour le bénéfice de l’ensemble des membres et permettre la mise en valeur de l’expertise et de la contribution sociale des ingénieurs. De son côté, le RéseauIQ ne prélève aucune cotisation en échanges de ses services.
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